GÉSIR

GÉSIR:

Jean-Luc Guionnet: orgue

Julien Dessailly: cornemuse, pipe

Camille Emaille: percussions métalliques

Nous sommes trois. Il y a percussions, orgue et cornemuse. Côté percussions, il y aura probablement beaucoup de métal et des insistances de masque. Côté orgue, tout dépendra du lieu, de l’orgue et de leur relation, mais il y aura probablement grooves cassés du côté des pieds, incisions intempérées presque électriques du côté des mains, et quand ils en ont l’un et l’autre sous les doigts, dialogues d’anches entre les pieds et les mains. Quant à la cornemuse, elle se tiendra probablement droite, dressée au centre des débats, dialogues et insistances ; éclairant en séparant, anarchiques, les phases à l’entour, et dessinant, qui peut être mélodique, sa ligne malgré tout.

Du bas, une tradition opère probablement, mais nous ne la connaissons pas. Nous préférons donc beaucoup, les sols aux tribunes, les orgues là-bas aux orgues là-haut, et l’audience au plus près.

Sans alarme, sans procès, sans prévenir l’auditeur coincé en bas, le set débute du haut de la tribune de l’orgue. Bien entendu ça bourdonne, ça percute et ça structure les relations de sons, de résonances et d’espace. Pas certain que ça cherche l’épiphanie, mais que ça batte la brèche d’un sacré ultra païen, ça oui. Les aigus, par exemple, sont violents, tendus même pour les plus ténus d’entre eux. Et clouent alors les yeux sur la hauteur masquée d’où jouent les trois bretteurs. On connaît le truc maintenant : voir pour croire etc, coucou St-Thomas. Ici on est aveuglés pourtant, ou borgnes pour les meilleurs d’entre nous, et c’est l’oreille qui reçoit les claviers non tempérés, les drones habiles, les résurgences frappées avec splendeur et justesse.
Difficile d’éviter l’illustration, de ne pas imaginer l’OST d’une crucifixion filmée par Tarkovski, en recevant cette musique au corps. Or elle ne l’est en rien, illustrative. Elle n’est que musique, et en cela magnifique. L’oreille se fournit alors en autonomie quant aux récits de batailles, en petites guerres peintes sur les enluminures et minuties du Moyen-Âge des peintres bourguignons et flamingants. Le trait est brut, revêche, ne cherche pas l’harmonie mais une chose proche l’élan nécessaire. Grimaçant parfois, plein de grumeaux et d’une vitalité qui dépasse celui qui la fait tinter. Ci-gît la radicale beauté de Gésir.

Par Guillaume Malevoisin à propos d’un concert donné au festival Météo dans l’Eglise Ste Geneviève de Mulhouse en aout 2020.